Château-Chinon : Un dentiste peu recommandable…

Par Dr François-André Allaert le 4 juillet 2014

Avis aux stomatophobes, ce que vous allez lire ne va pas particulièrement vous rassurer…

Sans aller forcément jusqu’à la peur phobique du dentiste, personne n’est réellement à l’aise quand il va chez son dentiste et cela même pour un simple contrôle. Néanmoins et heureusement, dans l’immense majorité des cas, tout se passe pour le mieux… mais à Château-Chinon, les patients du Dr Van Nierop, eux, ont eu raison d’avoir peur…

Plantons le décor : Nous sommes à Château-Chinon, une petite commune de 2000 âmes au cœur du Morvan et en plein désert médical où seule l’ombre d’un ancien président de la république reste encore présente. En 2008, la commune reçoit la venue d’un chirurgien-dentiste telle celle du messie.

Le Docteur Van Nierop, qui vient directement de hollande, accueil rapidement bon nombre de patients en mal de soins dentaires. Mais, tel un film de série Z, le dentiste semble être un psychopathe de la roulette dont ses patients en ont fait rapidement les frais.

Il nous installe le doute sur notre santé dentaire

« Le 8 Février 2011, le plombage de ma molaire 47 tombe. En l’absence de mon dentiste de famille, je vais chez celui qui peut me prendre le plus rapidement pour refaire le plombage et conserver ma dent » nous explique Nicole Martin, une de ses nombreuses « victimes ». « Le 10 février, j’ai rendez-vous chez le Dr Van Nierop. Il fait une radio et une anesthésie pour faire un supposé bilan de cette dent. […] Il ne dit rien et je ne sais pas ce qu’il fait puisqu’il ne parle pas… »

Mme Martin lui fait toutefois confiance dans un premier temps. Plusieurs rendez-vous s’enchaînent et le médecin refuse toujours d’expliquer ce qu’il fait à la patiente. Venu pour un simple changement de plombage, la dent 47 est dévitalisée ainsi que la 48 car pas solide selon le docteur. Les dents s’infectent, les soins inappropriés et mal réalisés laissent des séquelles « Depuis j’ai une très grande sensibilité au chaud et au froid. En hiver, j’ai toujours la bouche recouverte avec une écharpe car les dents me font mal à l’air froid. »

Malgré ses souffrances, Mme Martin continu de le consulter : « Les soins se déroulent suivant un rythme très soutenu et à chaque rendez-vous il m’anesthésie pour 5h/6h et je ne sais même pas de quel côté il est supposé travailler. Je suis prise dans une toile d’araignée dont je ne peux plus sortir : je suis embrigadée, ensorcelée. Il nous installe le doute sur notre santé dentaire et même sur le travail de l’autre dentiste. Il semble tellement sûr de lui et être le meilleur », ajoute-t-elle.

Le Dr Van Nierop a facturé des soins qui avaient déjà été réalisés par un autre dentiste

Les ennuis ne se sont malheureusement pas arrêtés là pour Mme Martin. Suite à son refus de payer, celui-ci, à l’aide de sa carte vitale, fait une demande de 1400 euros à sa mutuelle :

« Dans les jours suivants la MGEN me téléphone pour me demander ce que représentent les 1400 euros demandés par le dentiste car il n’y avait pas de devis. Je vais donc à Château-Chinon très en colère et je le traite de voleur, d’escroc. Il reste impassible et répond : « employée trompée ».

Après avoir bataillée pour récupérer son dossier médical, elle finira par ne plus y retourner. Bilan des soins : 3 dents arrachées dont 2 totalement saines et un dentier immettable car trop petit. Plus tard, le bilan effectué par son dentiste de famille révélera que le Dr Van Nierop a également facturé des soins qui avaient déjà été réalisés par un autre dentiste ou qui ont été réalisés sur des dents qui n’existent plus. Mme Martin est loin d’être un cas isolé, il pourrait y avoir plus de 2000 personnes concernés par ces indélicatesses: « Je suis une des moins touchées, les pompiers sont intervenus plusieurs fois pour des victimes qui ont fait des malaises, à cause de mauvaises anesthésies. Une a des problèmes cardiaques et une autre a un problème à l’œil. Certains ont les sinus percés ou les os abimés, sans compter les bouts de fraise cassés dans les mâchoires […] Il a facturé des plombages sur des implants, cent soins pour une personne qui a déjà un dentier. Ce n’est pas faute d’avoir prévenu assez tôt la sécurité sociale et la mutuelle mais on nous a pris pour des imbéciles, depuis le début il était INTOUCHABLE. Un Dieu était arrivé à Château- Chinon ! »

Le Collectif Dentaire

Le praticien n’était malheureusement pas à son premier coup d’essai. Déjà condamné par le passé pour des faits similaires en Hollande,  il est aujourd’hui poursuivi par l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes de la Nièvre. Des centaines de patients se sont également regroupés en un collectif pour demander réparation.

« Au printemps 2012, chacun restait dans son coin pensant être un cas unique quand j’ai eu connaissance, par une employée, d’une victime qui avait de gros problèmes. Nous nous sommes contactées et pendant l’été 2012 nous étions 10. Nous avons écrit au Procureur de Nevers, sans réponse. Las, nous avons été médiatisés en décembre 2012 via le Journal du Centre et  de nouvelles victimes se sont fait connaître. Un journaliste hollandais, résidant à Lyon, m’a dit qu’il y avait eu un problème de ce genre en Hollande et il a retrouvé que c’était Van Nierop. La TV hollandaise ainsi que d’autres médias ont ensuite relayé l’affaire. Le 1er février 2013 nous avons décidé de créer cette association en espérant être plus écoutés. Nous avons accueilli jusqu’en juin 2013 des victimes aux permanences que nous tenons les lundis après-midi et les samedis matins. Nous leur avons indiqué les démarches à faire auprès de l’ONCD et de leur assistance juridique, de la CPAM ou RSI ou MSA, etc. Il a fallu beaucoup se bouger et  » défoncer » des portes car nous passions pour des « illuminés » et personne ne nous prenait au sérieux. Nous avons écrit au Ministre de la Santé et à la garde des Sceaux pour faire bouger, c’est redescendu de très haut… »

Son cabinet a fermé ses portes en juillet 2013, mais il reste aujourd’hui introuvable malgré un mandat d’arrêt international pour violences volontaires, escroqueries, faux et usage de faux en écriture privée. Les victimes elles, en plus des douleurs physiques et psychologiques, doivent parfois faire face à des problèmes financiers.

« Toutes les victimes vivent très mal l’après. Comme moi : un sentiment de honte, de culpabilité, de colère vis à vis de tous ceux qui n’ont pas voulu nous prendre au sérieux dès le début. Mal être, mal aux dents constant, on est dans une spirale où on ne semble pas pouvoir sortir. En expertise on se sent même coupable :  » Pourquoi y êtes-vous allée ? » Ma Réponse :  » Qui a fait mettre une pancarte avec écrit Docteur… Sans vérifier en amont, nous on fait confiance » ».

Depuis l’affaire a été transmis au TGI de Bourges et le collectif dentaire a rencontré le juge d’instruction le 14 Février. A suivre…

 

 

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Commentaires

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  • xxx le 6 septembre 2014 à 6:38

    bonjour,
    je fût victime du même genre de choses près de sansergues quand j ai voulu porter plainte on m a donné de l’argent c’était il y a trois ans environ … que puis je faire maintenant?