Une brève histoire de la chimiothérapie

Par Eric Françonnet le 13 mai 2019

Une brève histoire de la chimiothérapie

Les plantes ont certaines vertus mais butent face à des maladies incurables pléthoriques. Nous devons à un scientifique allemand révolutionnaire, Paul Ehrlich, Prix Nobel de médecine en 1908, la naissance bienvenue de la chimiothérapie (non pas pour lutter contre le cancer en premier lieu, comme nous pourrions le croire, mais contre la syphilis funestement en vogue à l’aube du vingtième siècle). La chimiothérapie est un fantastique puzzle de molécules à créer ou à associer, qui va connaître un essor considérable jusqu’à nos jours : nous devons saluer ce pionner qui va permettre, après plus de 600 tentatives pour aboutir à la molécule adéquate, le salvarsan, de guérir la syphilis, par une injection intramusculaire. Ce triomphe de la science face à une mort certaine a été injustement oublié ou occulté par des succès postérieurs. La chimiothérapie va, en effet, être un véritable champ des possibles exploité sur le long cours.
Paul Erlich, père de la chimiothérapie
Lors de la Seconde Guerre mondiale, les soldats américains subissent de plein fouet l’utilisation du gaz moutarde à l’azote par l’ennemi. Ils développent alors des symptômes inquiétants avec une chute anormale et notable de globules blancs. Deux pharmacologues émérites de l’université de Yale, Alfred Gilman et Louis Goodman, diligentés par le ministère de la Défense des Etats-Unis, ont alors l’idée géniale d’utiliser des agents de moutarde, pour tenter d’endiguer la prolifération inévitable et anarchique de globules blancs inhérente à la leucémie. Des tests sur la souris sont concluants. Chez l’homme, c’est un gaz, dérivé de la moutarde, qui est injecté, par voie intraveineuse, pour traiter avec succès un lymphome non hodkignien, en 1946. Cependant, la moelle osseuse trinque et le gaz moutarde révèle ses limites avec le décès à déplorer du patient en 1948. Des améliorations se révèlent alors plus que jamais nécessaires.
La première réelle chimiothérapie anticancéreuse est imputable à Sidney Farber, pathologiste de l’université de Harvard. Ce dernier s’est focalisé sur l’acide folique (vitamine jouant un rôle clé dans le métabolisme de l’ADN). Entouré d’un cercle d’experts, il a produit des analogues de folate, niant l’acide folique, et par la même occasion la croissance exponentielle des cellules leucémiques aisément divisibles Ceci a permis l’impensable jusqu’alors : une rémission chez des enfants souffrant d’une leucémie lymphoblastique aiguë (une des deux formes du cancer du sang qui concerne les lymphocytes alors que la leucémie myéloïde concerne les globules blancs polynucléaires). Les petits patients ont même eu le bonheur de retrouver une moelle osseuse normale comme si la maladie n’avait été qu’un mauvais rêve. Le méthotrexate (son agent le plus efficace) a cependant dévoilé ses limites avec une rarissime guérison complète.
La chimiothérapie est désormais employée à une grande échelle et les spécialistes du monde entier sont nombreux à chercher ou à prodiguer de nouvelles molécules anticancéreuses avec des modes d’administration très divers. L’objectif idéal poursuivi par ces derniers serait de faire chuter une légion d’effets dits « secondaires » ou encore « indésirables » qui sont incommodants au possible pour les malades. Le traitement d’association est une piste bénéfique et donc, en toute logique, exploitée maintenant depuis le milieu des années 1960. La précision, avec en ligne de mire uniquement les zones cancéreuses, s’est, pour un plus grand « confort », considérablement améliorée : on parle de thérapie ciblée. Si la chimiothérapie peut encore effrayer, de prime abord, elle est également porteuse d’un espoir immense, qui a désormais conquis une patientèle plus sereine intérieurement et plus confiante au vu des progrès qui s’accomplissent.

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