Évolution de l’hôpital: toute une histoire!

Par Eric Françonnet le 5 mai 2017

L’hôpital ne soignait pas

Au Moyen Âge, période qui aura duré un millénaire, du baptême de Clovis jusqu’à la découverte de l’Amérique, les premiers hôpitaux n’avaient pas pour vocation de soigner les malades. Ils étaient consacrés exclusivement (sauf pour les pèlerins qui pouvaient y reprendre des forces dans leur cheminement spirituel) à l’hébergement des personnes les plus pauvres et ceci en dehors des villes (par souci d’ostraciser l’indigence ?). C’est l’Église qui a alors la gouvernance des hôpitaux et honore cette fonction en suivant des préceptes religieux qui lui sont propres (la charité et l’accueil). Il convient de noter que la notion de gratuité est alors essentielle. Une quelconque visée médicale n’est pas encore privilégiée même chez les esprits les plus éclairés tout en ayant épousé le catholicisme.

Au XVIIe siècle, la pauvreté devient un problème politique. L’État prend alors des mesures que nous pourrions considérer d’une sévérité extrême: il se remodèle pour recueillir les exclus en tous genres; des auteurs ayant assisté avec des yeux d’une froide lucidité à leur époque traumatisante ont parlé sans concession d’un « grand enfermement ». La création de l’hôpital général dans notre capitale, puis dans chaque grande ville française, en est une illustration. La période révolutionnaire, à partir de 1789, a considéré l’hôpital comme une seconde Bastille à détruire. Le volonté d’ériger un inédit système d’assistance généralisée a vu le jour, en octroyant la responsabilité de la gestion de l’hôpital, mesure décentralisatrice, par la commune : ceci par la loi du 16 octobre 1796.

Vers l’assistance publique

A partir de la moitié du XIXe siècle, la législation va profondément s’attacher à une réforme de l’hôpital en mettant en avant sa mission de prodiguer des soins. La loi du 7 août 1851 dite « d’assistance publique » pose les premières pierres du service public hospitalier actuel. Celle du 14 juillet 1905 sur les vieillards, les infirmes et les incurables, donne à tout français privé de ressources, incapable de subvenir par son travail aux nécessités d’existence, âgé de plus de 70 ans ou ayant une maladie incurable, d’être accueilli gratuitement dans les hôpitaux ou les hospices. Puis, la loi du 21 décembre 1941, relative aux hôpitaux et hospices publics (et son décret d’application 43-891 du 17 avril 1943), inaugure la démocratisation de l’hôpital à toute la population mais établit un prix à la journée d’hospitalisation.

Ce qu’il faut retenir ensuite est la « réforme Debré ». Elle est menée par le premier ministre de l’époque Michel Debré et inspirée par le Professeur Robert Debré (Doit-on y voir un lien de parenté ?). Cette réforme découle de l’ordonnance 58-1373 du 30 décembre 1958 avec la création de nos désormais familiers centres hospitaliers et universitaires (CHU), la réforme de l’enseignement médical, sans oublier comme autre axe majeur, le développement de la recherche médicale. Le tout est destiné à trouver un subtil dosage, en termes d’agencement d’horaires, entre un exigeant travail et une valeur intellectuelle ajoutée reposant surtout sur l’enseignement et la recherche. L’hôpital devient alors un pôle d’excellence médicale. Cet élitisme revendiqué essuie des critiques car il oublierait les personnes les plus démunies..

La loi dite de « réforme hospitalière »

Il faut alors attendre la loi 91-748 du 31 juillet 1991, dite de « réforme hospitalière » pour une nouvelle piqûre de rappel de la globalité des missions incombant à un service public hospitalier pour relancer une dynamique qui peut parfois s’enrailler.. Il y est mentionné explicitement les recommandations suivantes: « Le service concourt : A l’enseignement universitaire et post-universitaire et à la recherche de type médical, et pharmaceutique […], à la formation continue des praticiens hospitaliers et non hospitaliers, à la recherche médicale, et pharmaceutique, à la formation initiale et continue des sages-femmes et du personnel paramédical, aux actions de médecine préventive et d’éducation pour la santé, à l’aide médicale urgente […] ». L’hôpital s’invite aussi hors de ses murs pour le bien commun.

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