Enquête : une médecine au laser

Par Arthur Deballon le 4 avril 2010

En France, ils sont près de deux cents médecins à avoir franchi le pas du laser. En créant des centres de laser esthétique, ils proposent des prestations non remboursées en lien avec leur domaine d’expertise habituel. Dans le seul département de la Côte d’Or, on en dénombre moins d’une vingtaine : enquête sur ce secteur de la santé peu connu du grand public…


Difficile d’enquêter dans le secteur médical : institutions, professionnels de santé, patients sont peu bavards lorsqu’il s’agit d’aborder le sujet de la médecine esthétique. Dijon-Sante.fr a tout de même réussi à décrypter ce secteur à la frontière du médical, témoignages à l’appui. Ainsi, Christine, 42 ans, passera dans quelques jours son premier rendez-vous dans un centre de laser dijonnais : « convaincue par mon entourage qui me vante les mérites de l’épilation au laser, je vais rencontrer une dermatologue à son cabinet qui devrait m’établir un devis en conséquence ». De son côté, Patricia recommande à tous ceux qui lui parlent du sujet cette technique pour en finir avec les imperfections de peau : « j’ai pratiqué plusieurs séances de laser et le résultat est au rendez-vous, malgré un prix élevé, je suis satisfaite du résultat ». Deux exemples qui soulignent le dynamisme d’un marché presque comme les autres.


Une tendance de fond

Les françaises sont de plus en plus tentées par la médecine esthétique mais elle sont peu nombreuses à franchir le pas, c’est en tout cas ce que décrit l’étude réalisée en ligne début Février pour le Magazine Top Santé par Harris Interactive auprès d’un échantillon de 1000 femmes représentatives de la population de 15 ans et plus. En effet, 45% envisagent la médecine esthétique mais seules 4% y ont eu recours. En matière d’interventions de médecine esthétique (techniques anti-âge, injections, laser…) 24 % envisagent une épilation permanente et 12% de « retrouver une peau sans défaut (peeling chimique, micro-abrasion). Mais les prix jugés peu accessibles et la crainte des « ratés » de la médecine esthétique modèrent les enthousiasmes. De même, le tarif des soins est le premier frein cité (48%) devant la peur des suites médicales (45%).


Deux centres en Côte d’Or

Contacté par téléphone, une dermatologue du « Centre de lasers dermatologiques Darcy », le Dr Mounicq est le seul médecin à avoir bien voulu nous répondre. Ce centre est organisé sous la forme d’une SCM (société civile de moyens – structure juridique réservée aux professions libérales et dont l’objet est la fourniture de moyens matériels à ses membres, afin de faciliter l’exercice de leur profession). Cette société met à disposition les lasers et les locaux sans pour autant compter de salariés. « Le centre laser DARCY est né de la volonté de quinze dermatologues de la région pratiquant une activité laser depuis 1997, de se regrouper pour créer une plateforme laser performante et offrant des technologies fiables et diversifiées. Ils se forment régulièrement. » explique-t-elle. Dans un premier temps, le patient doit avoir une consultation médicale pour vérifier s’il n’y a pas de contrindications à la pratique du laser, puis le dermatologue établit un devis. S’il est accepté, rendez-vous est pris cette fois au centre de laser pour être traité. « C’est la plus ancienne structure de technologie laser de la région avec un rayonnement géographique étendu à la Bourgogne et à l’Est de la France. Notre savoir-faire repose sur la transparence de nos activités, la permanence des soins et l’indépendance vis-à-vis des fabricants de machines.» ajoute-t-elle.

De son côté, Cécile Dieu, responsable administrative du « Centre laser médical Dijon », composé de quatre médecins esthétiques, explique que le marché du « laser » se porte bien et est en croissance constante « le bouche à oreille fonctionne à merveille ». Il est en effet difficile de communiquer sur une telle activité très encadrée, le centre agit comme une structure de service à part entière et dispose comme son concurrent d’un site internet qui agit comme « un outil d’information et de communication » rappelle le Dr Mounicq.

Cécile Dieu nous a aussi expliqué que le centre emploie deux salariés avec pour forme juridique une SARL et que les quatre médecins du centre sont tous des médecins esthétiques. Mais les explications s’arrêtent là. Pas question d’en dire plus ni d’aborder les questions économiques, cependant, le chiffre d’affaires est évalué à 178 000 euros en 2008 (source SOCIETE.com). Un chiffre qui ne prend cependant pas en compte les prestations des médecins.


Patients ou clients ?

Tous médecins dermatologues, les membres du « Centre de Laser Dermatologique Darcy » centre « ont le même souci d’éthique que dans leur pratique médicale et l’esthétique n’est pas un acte commercial. » insiste la dermatologue. Malgré tout, la frontière reste floue. Ces individus sont-ils considérés comme patients ou clients lorsqu’ils franchissent la porte des cabinets de dermatologues pour faire réaliser un devis. Comment sont-ils considérés lorsqu’ils se trouvent dans les centres de lasers ?


L’avis des institutions

Mais alors, qu’elle est l’institution qui régit ce secteur ? Contacté par Dijon-Sante.fr, le Ministère de la Santé nous a renvoyé vers la DDASS – Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales – de Côte d’Or. L’un des deux médecin inspecteur de santé publique de l’institution, Yves Couhier nous confie son point de vue : « faute de moyens, la DDASS n’a pas la possibilité de contrôler la conformité ni l’hygiène des lasers matériel » Il ajoute aussi « nous n’avons pas connaissance de textes précis qui encadrent ces activités ».

Pour sa part, la Direction Départementale de la Protection de la Population via son pôle « Santé et sécurité » nous a confirmé ne pas être compétent en ce qui concerne le contrôle des centres de lasers esthétiques.


Interrogé par Dijon-Sante.fr, le Dr Mouraux, président du Conseil de l’Ordre Départemental des Médecins avoue être embarrassé par un sujet qui est actuellement à l’instruction « nous recherchons le moyen de décrypter ces activités mais cela reste quelque chose de difficile ». Une difficulté sûrement expliquée par une certaine loi du silence qui règne chez les spécialistes. De même, « ces médecins sont confrontés à une certaine schizophrénie » en mélangeant activités remboursées et celles non remboursées comme le laser. « Aujourd’hui, l’esthétique relève des soins médicaux, nous restons donc vigilants tout en étant adossé au Code de déontologie établit par l’Ordre et en particulier l’article 19 » ajoute-t-il. Un article rappelant à tous les limites entre médecine et commerce qui, aujourd’hui, est au cœur des discussions de l’Ordre. Le Dr Mouraux poursuit en expliquant que « le laser est un instrument parmi d’autres, avec plusieurs usages : domestique et médical, il convient donc de rester attentif »

Pour le Dr Fontaine, président de l’Union Régionale des Médecins Libéraux, il y a bien « un marché pour les lasers ». Malgré tout, il affirme « je ne suis pas particulièrement choqué par ces activités, les kinés et d’autres professions médicales proposent des prestations non remboursées » sans pour autant en dire plus.


De son côté, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie par voie de son attaché de presse explique qu’elle n’est pas compétente à prendre la parole sur ce sujet puisqu’il ne s’agit pas de prestations remboursées « il s’agit bien de chirurgie à visée esthétique ou de confort personnel (seule la chirurgie dite « réparatrice », à visée thérapeutique, peut faire l’objet d’une prise en charge par l’Assurance Maladie) ». Tout en ajoutant « nous n’intervenons pas dans la régulation de ces centres (puisque nous ne remboursons pas leurs actes a priori). »


Des prestations haut de gamme

Même si les chiffres transmis par certains patients varient entre 120 et 200 euros la première séance de laser de 30 minutes, aucun ne nous ont été confirmés. Cécile Dieu avance seulement une certaine « concertation » entre médecins sur les tarifs pratiqués dans son centre. Avantage tant pour les patients que pour les médecins, seuls les médecins peuvent acheter ces outils qui sont vérifiés régulièrement par les laboratoires. C’est en tout cas ce qu’explique Cécile Dieu du « Centre laser médical Dijon ».

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